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La BBC sur les terres rares : ne pas voir la forêt verte à cause des arbres toxiques

Pollution environnementale à Baotou, en Chine

Un discours trompeur qui risque de nuire à l'ensemble du secteur

Un récent reportage de la BBC sur la production de terres rares a mis en lumière les enjeux environnementaux et sanitaires, notamment en Chine, dressant un tableau sombre fait de paysages ravagés, d’eaux polluées et de risques sanitaires graves tels que des déformations osseuses et des intoxications à l’arsenic.

La BBC s'intéresse tout particulièrement à la mine chinoise de Bayan Obo, en Mongolie intérieure, qui abrite le plus grand gisement de terres rares de type carbonatite au monde, ainsi qu'aux sites d'exploitation d'argiles ioniques de Ganzhou, dans la province du Jiangxi, qui fournissent des terres rares lourdes essentielles.

L'exploitation à ciel ouvert de Bayan Obo a laissé derrière elle de vastes bassins de résidus et des déchets radioactifs, polluant les nappes phréatiques, tandis que la lixiviation in situ pratiquée à Ganzhou a contaminé les cours d'eau et les sols.

Si la couverture de ces questions par la BBC est louable, son analyse simplifie à l’excès un secteur mondial en pleine évolution, en négligeant les pratiques durables en dehors de la Chine, les progrès réalisés en Chine même, ainsi que le rôle indispensable des terres rares dans les technologies permettant de réduire les émissions et d’améliorer l’efficacité énergétique. Le fait de mettre l’accent uniquement sur les impacts environnementaux de la Chine risque de créer un discours trompeur qui jette le discrédit sur l’ensemble du secteur aux yeux des lecteurs non informés.

Cette analyse, qui s'appuie sur les conclusions tirées des données d'Adamas Intelligence, contredit l'idée selon laquelle toute production de terres rares serait toxique, met en avant les meilleures pratiques du secteur et souligne les avantages nets des terres rares pour favoriser un avenir sobre en carbone.

Toutes les productions de terres rares ne se valent pas

Dans une étude réalisée en 2023 par Filho et al., les recherches montrent que les pratiques durables prennent de l'ampleur à l'échelle mondiale, en particulier en dehors de la Chine, où les approches innovantes d'entreprises telles que MP Materials, Aclara Resources, Iluka Resources et Arafura Rare Earths redéfinissent les normes du secteur.

Ces opérations montrent que la toxicité n'est pas inhérente à la production de terres rares, mais qu'elle est liée à des pratiques spécifiques dont les effets peuvent être atténués grâce à des méthodes de pointe.

MP Materials (États-Unis) : Dans la mine de Mountain Pass, en Californie, MP Materials utilise une technologie de traitement à sec des résidus miniers, un système de recyclage de l’eau en circuit fermé et une production de réactifs sur site afin de minimiser les déchets et les impacts environnementaux. Son installation de cogénération sur site améliore l’efficacité énergétique et réduit les émissions, contribuant ainsi à la durabilité de ses activités. Ces méthodes réduisent l’empreinte environnementale de l’exploitation des gisements de carbonatite, à l’instar de la mine chinoise de Bayan Obo, et ouvrent la voie à des opérations plus respectueuses de l’environnement. L’entreprise assure un approvisionnement stable en terres rares légères telles que le néodyme et le praséodyme, ainsi qu’en aimants NdFeB, essentiels pour les moteurs de véhicules électriques (VE), les éoliennes, la robotique et l’aérospatiale.

Aclara Resources (Brésil) : Le projet « Carina Module » d’Aclara, dont la mise en production est prévue d’ici 2028, se concentre sur des gisements d’argiles ioniques riches en terres rares lourdes telles que le dysprosium et le terbium, analogues aux mines de Ganzhou en Chine. Son procédé breveté « Circular Mineral Harvesting » utilise de l’eau 100 % recyclée, évite le recours aux explosifs et minimise la perturbation des sols grâce à la revégétalisation et à des unités minières modulaires. Ne générant aucun déchet liquide et utilisant des réactifs non toxiques, ce procédé est conforme aux normes environnementales strictes du Brésil.

Iluka Resources (Australie) : Dans sa raffinerie d'Eneabba, Iluka traitera de la monazite issue des sables minéraux, un sous-produit de l'exploitation minière du zircon et du titane, en recourant à un procédé sans rejet de liquides et au recyclage des réactifs afin de réduire l'impact environnemental. En exploitant les stocks accumulés au fil des ans, Iluka limite les nouvelles activités minières et diversifie son approvisionnement grâce à des méthodes générant peu de déchets.

Arafura Rare Earths (Australie) : Le projet Nolans, un gisement de carbonatite situé dans le Territoire du Nord australien, combine l'exploitation minière et le traitement des minerais à des mesures de protection environnementale de pointe, notamment le stockage des résidus dans des bassins fermés pour prévenir les fuites, le recyclage de l'eau en circuit fermé afin de réduire au minimum la consommation d'eau douce, ainsi qu'une remise en état progressive à l'aide de végétation indigène pour restaurer les écosystèmes.

Ces exemples, entre autres, montrent que les méthodes de production varient considérablement.

Les activités d'exploitation de carbonatites de MP Materials et d'Arafura reflètent la géologie de Bayan Obo, mais pas son héritage environnemental, tandis que l'approche d'Aclara en matière d'argiles ioniques s'aligne sur celle de Ganzhou tout en accordant la priorité au développement durable.

Les progrès de la Chine et un héritage tenace

La Chine, qui détient 90 % de la production mondiale de terres rares raffinées, a réalisé des progrès significatifs dans la réforme de ses pratiques au cours des deux dernières décennies.

Depuis 2016, les stations d'épuration traitent chaque jour des millions de litres d'effluents, neutralisant ainsi l'azote ammoniacal toxique issu du traitement des terres rares.

À la mi-2017, la Chine avait fermé les mines illégales, regroupé la production au sein de six groupes publics (puis, par la suite, au sein de deux groupes) et mis en place une réglementation environnementale plus stricte afin de lutter contre la pollution et la dégradation des sols.

Les programmes de revégétalisation consistent à planter des espèces indigènes, telles que des pins et des bambous, sur des milliers d'hectares afin de restaurer les terres exploitées, ce qui permet de réduire l'érosion et les dommages environnementaux, selon un rapport de 2016 de China Water Risk.

Une étude réalisée en 2022 par Liu et al. a démontré que ces mesures avaient permis de réduire de manière significative la contamination des sols et de l'eau sur les sites surveillés, ce qui témoigne de progrès concrets.

Pourtant, cet héritage toxique persiste. Les coûts de dépollution dans la seule province du Jiangxi sont estimés à 5,5 milliards de dollars, et les progrès réalisés à ce jour ne sont que partiels.

Les problèmes de santé, notamment les cancers et les troubles neurologiques, continuent de toucher les communautés, comme l'ont montré de nombreuses études menées au cours de la dernière décennie, qui mettent en évidence la pollution de cours d'eau tels que le Dongjiang.

Ces séquelles persistantes jettent une ombre sur les réformes menées par la Chine et sur les meilleures pratiques mondiales, faussant ainsi la perception du potentiel de durabilité du secteur et de ses retombées positives en aval.

Restrictions chinoises à l'exportation de terres rares

Présentation générale et directives pour les demandes de licence d'exportation

Télécharger le rapport

Avantages nets en matière d'efficacité énergétique et de réduction des émissions

Les terres rares sont indispensables aux technologies qui favorisent la transition énergétique, améliorent l'efficacité énergétique et réduisent les émissions, compensant ainsi les impacts liés à la production.

Leurs propriétés uniques permettent la mise en œuvre d'applications critiques, comme indiqué ci-dessous :

Moteurs et générateurs électriques : le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium entrent dans la composition d’aimants très puissants destinés aux moteurs de véhicules électriques et aux éoliennes à entraînement direct. Selon une étude réalisée en 2023 par Horizon Technology, le rendement accru des moteurs à aimants permanents permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre grâce à une diminution de la consommation d’énergie et à une autonomie accrue entre deux recharges.

Batteries : le lanthane améliore les performances des batteries destinées aux véhicules électriques et au stockage sur réseau, favorisant ainsi l'intégration des énergies renouvelables. Selon une étude réalisée en 2021 par Zhang et al., le co-dopage au lanthane et à l'aluminium dans les cathodes des batteries lithium-ion permet d'augmenter la durée de vie en cycles de charge-décharge jusqu'à 20 %, contribuant ainsi à la fiabilité des systèmes énergétiques.

Éclairage : L’yttrium, l’europium et le terbium permettent la fabrication de LED à faible consommation d’énergie, réduisant la consommation d’électricité de 80 % par rapport aux ampoules à incandescence, selon une étude réalisée en 2025 par la Commission des transitions énergétiques, ce qui contribue à réduire considérablement les émissions mondiales de carbone.

Catalyseurs de réduction des émissions : le cérium et le lanthane jouent un rôle essentiel dans les pots catalytiques, qui permettent de réduire jusqu’à 98 % les émissions polluantes des véhicules, telles que les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone et d’autres contaminants, comme le détaille une étude réalisée en 2025 par Saikishan et al., contribuant ainsi à améliorer la qualité de l’air urbain et à lutter contre la pollution.

Catalyseurs de craquage des hydrocarbures : le cérium et le lanthane optimisent le raffinage du pétrole en réduisant les dépôts de coke, ce qui se traduit par une durée de vie plus longue des catalyseurs, un fonctionnement plus stable et des coûts de maintenance réduits dans les processus de raffinage, selon une étude réalisée en 2024 par Akhtar et al.

Il convient notamment de noter qu’Adamas Intelligence prévoit que les véhicules électriques, les éoliennes et autres moteurs, pompes et compresseurs à haut rendement énergétique représenteront plus de 50 % de la demande mondiale en aimants à terres rares d’ici 2035.

Ces technologies permettent de réduire considérablement les émissions de carbone, ce qui compense largement leur impact sur la production lorsque des pratiques durables sont mises en œuvre.

Éoliennes dans un parc éolien californien

Innovations en matière de recyclage et de traitement

Au-delà de l'exploitation minière, des entreprises innovantes réduisent leur empreinte environnementale grâce au recyclage et à des procédés de traitement de pointe :

Cyclic Materials (Canada) : Grâce aux technologies MagCycle™ et REEPure™, Cyclic récupère les terres rares issues de moteurs de véhicules électriques en fin de vie et d'autres appareils, réduisant ainsi les émissions de CO₂ de 61,2 % par rapport à l'exploitation minière.

HyProMag (Royaume-Uni/États-Unis) : Le procédé HPMS (Hydrogen Processing of Magnet Scrap) d'HyProMag permet de recycler les aimants NdFeB, ce qui se traduit par une économie d'énergie de 88 % et une réduction de la toxicité de 98 %, garantissant ainsi un approvisionnement durable en aimants.

Ucore Rare Metals (Amérique du Nord) : la technologie de séparation RapidSX d’Ucore, dont l’efficacité a été démontrée sur son site de Kingston, en Ontario, et dont le déploiement commercial est prévu en Louisiane, permet d’accélérer jusqu’à trois fois la séparation des oxydes de terres rares (REO) tout en occupant un tiers de l’espace nécessaire à l’extraction par solvant classique, et ce en utilisant moins d’agents d’extraction et de solvants.

Rare Earth Salts (États-Unis) : la technologie brevetée d'extraction sans solvant de Rare Earth Salts, qui élimine les solvants organiques, permet de produire des oxydes de terres rares de haute pureté tout en générant jusqu'à 90 % de déchets en moins par rapport aux méthodes traditionnelles.

Phoenix Tailings (États-Unis) : Phoenix Tailings utilise des procédés exclusifs sans émissions de carbone pour extraire des terres rares, notamment à partir de déchets miniers tels que les résidus miniers et la boue rouge, sans générer de sous-produits toxiques, tout en compensant sa consommation d'électricité grâce à des contrats d'énergie renouvelable.

ReElement Technologies (États-Unis) : La chromatographie brevetée « Ligand Assisted Displacement » (LAD) de ReElement repose sur une chimie aqueuse, ce qui permet de réduire au minimum les déchets dangereux, afin de recycler les terres rares issues des aimants et des déchets de fabrication. Cette technologie réduit les déchets de 80 % par rapport aux méthodes conventionnelles et permet une production durable d’oxydes de terres rares magnétiques de haute pureté.

Ces initiatives contribuent à insuffler une dimension circulaire à la chaîne d'approvisionnement en terres rares, réduisant ainsi la dépendance à l'égard de l'exploitation minière primaire.

La nécessité d'une couverture médiatique équilibrée

Le discours de la BBC risque de saper le soutien du public à la production de terres rares et aux technologies qui en dépendent, telles que les véhicules électriques, en se concentrant exclusivement sur les difficultés passées de la Chine.

Les faibles prix et les lacunes techniques restent des obstacles, mais des innovations telles que celles proposées par Cyclic Materials et Phoenix Tailings, ainsi que les pratiques mises en œuvre par MP Materials, Aclara, Iluka et Arafura, témoignent de progrès significatifs.

Selon une étude réalisée en 2024 par Liu et al., la prise de conscience par le grand public du rôle des minéraux critiques dans les technologies d’énergie propre favorise le soutien à diverses stratégies politiques, telles que le renforcement du recyclage et la mise en valeur des ressources, afin de progresser vers un avenir durable et à faibles émissions de carbone.

Conclusions

La production de terres rares n'est pas toujours toxique.

MP Materials, Aclara, Iluka et Arafura incarnent des pratiques durables, qui se distinguent de celles des sites chinois de Bayan Obo et de Ganzhou, malgré des similitudes géologiques.

Les réformes menées par la Chine, bien qu'elles soient éclipsées par un héritage de dépollution se chiffrant en milliards de dollars, témoignent d'une avancée.

Les terres rares sont à la base de technologies à haut rendement énergétique et à faibles émissions, apportant ainsi des avantages environnementaux nets essentiels à la réalisation des objectifs climatiques mondiaux.

Les innovations en matière de recyclage et de traitement renforcent encore davantage le développement durable.

Rencontrer d'autres fournisseurs de terres rares et d'aimants

En septembre 2025, Adamas Intelligence organisera à Toronto le sommet « Rare Earth Mines, Magnets & Motors 2025 », un événement exclusif dédié à la chaîne d'approvisionnement, de l'exploitation minière jusqu'aux applications finales.

La Chine ayant récemment mis en place des contrôles à l'exportation très stricts, ce congrès de deux jours offre aux utilisateurs finaux une occasion unique et centralisée d'écouter et d'échanger avec les principaux acteurs des chaînes d'approvisionnement alternatives et émergentes en terres rares.

Au programme : des intervenants de renommée mondiale, des conseils concrets et des occasions de réseautage exceptionnelles.

Parmi les thèmes clés pour 2025 figurent la robotique, la mobilité aérienne avancée et les technologies de défense, ainsi que la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement alternative en amont.

Du prototype Cavorite X7 d’Horizon Aircraft présenté sur place à la démonstration en direct du robot Spot de Boston Dynamics sur scène, cette conférence mettra en avant comme nulle autre les applications de pointe des aimants permanents à base de terres rares.

Au-delà du programme de la conférence, deux événements de réseautage, dont une réception de bienvenue privée au Temple de la renommée du hockey, permettront aux fournisseurs, aux investisseurs et aux utilisateurs finaux de nouer des relations fructueuses et durables.

« Après le succès de notre première édition, nous donnons une nouvelle dimension au sommet de 2025 afin d’offrir des perspectives et des opportunités de réseautage sans précédent », a déclaré Ryan Castilloux, directeur général d’Adamas Intelligence. « Qu’il s’agisse d’une discussion informelle inspirante avec Steve Wozniak, icône du monde de la technologie, ou de démonstrations en direct de technologies révolutionnaires, cet événement est incontournable pour la chaîne d’approvisionnement de produits rares et les utilisateurs finaux qu’elle dessert. »

Inscrivez-vous dès maintenant sur adamasevent.com pour réserver votre place et participer aux discussions qui façonneront l'avenir de la chaîne d'approvisionnement, de la mine à l'aimant.

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